Jeep M201 Sahara

Jeep M201 Sahara

Le Gendarme et les Sahariennes (partie 2)

HistoriquePosté par Big One 24 avril, 2018 10:52:59

Cet article est la suite du précédent article sur les Jeep de la Gendarmerie. Il va nous permettre de voir plus en détail les marquages de ces véhicules et se base sur une série de photos très détaillées des Jeep utilisées lors de la récupération de la dépouille de Bill Lancaster. Je vous avais déjà parlé de cette histoire dans un article précédent (« Le Southern Cross Minor » ), et je m’étais basé à l’époque sur des photos de faibles qualités trouvées sur Internet. Ces photos avaient été utilisées dans un article relatant cette histoire dans la revue « Gendarmes d’hier et d’aujourd’hui » de 1995 (voir article sur le site du 3è GT).

Il se fait que les photos originales ont été postées en bien meilleure qualité sur le site du 3ème Groupe de Transport, ce qui me permet maintenant de faire une vraie analyse détaillée de ces véhicules.

Mais revenons brièvement à cette histoire : en février 1962, un escadron de Dodge de la Légion tombe par hasard sur une épave d’avion en plein milieu du Tanezrouft. Le pilote git à côté de son avion, et il a laissé un carnet relatant son agonie dans le désert. Il s’agit de Bill Lancaster, aviateur malchanceux ayant tenté de battre le record de vitesse entre Londres et Le Cap en avion en 1929. Comme il y a un cadavre, la gendarmerie est appelée pour constater le décès.

Un escadron de 3 Jeep est donc envoyé pour une mission « hors-pistes ». Et déjà l’article précité nous fournit des informations intéressantes quant à la structure de cet escadron pour ce type de mission :

La 1ère Jeep est celle du Chef de Corps. Elle emmène les réserves de vivre et est responsable de l’orientation de l’escadron. 2 occupants sont à bord.

La 2ème Jeep est la Jeep « Radio », 2 hommes d’équipage : En plus du poste radio, elle emporte du matériel de maintenance afin de palier à une éventuelle panne du poste de télécommunication.

La 3ème Jeep est la Jeep « Auto », 2 hommes d’équipages et du matériel de réparation auto en cas de panne mécanique. J’imagine que l’on doit y trouver du matériel tel que demi-axe de roue arrière, pompe à essence, filtre à essence, fluide divers,… Cette Jeep emmène également une réserve importante de carburant.

Tous les hommes sont volontaires, mais je doute qu’ils aient été difficiles à trouver tant l’excursion risque d’être intéressante.

La photo n° 1 montre les 3 Jeep vu de l’arrière :

Sur la photo n° 2 on voit les 3 Jeep à côté de l’épave de l’avion:

Sur la photo n°3, on voit les 3 Jeep, avec en tête celle du chef de corps, derrière la 2ème Jeep (24V), et à droite mais coupée par le cadrage la 3ème Jeep, équipées en 6V celle-là.

Enfin sur la photo n° 4 on voit la Jeep du chef de corps descendre une dune.

Passons maintenant à l’analyse en détail de ces photos.

Photo 1 :

Premier point très positif, on peut lire 2 immatriculations, à savoir les plaques 211 4055 et 211 4056. J’avais déjà identifié la plaque 211 4056, mais pas encore la 4055. Cela ajoute donc une Jeep à la série d’immatriculation de 1961 qui comportent maintenant les Jeep 211 4004, 4005, 4010, 4033, 4055, 4056, 4076, 4085, 4087 et 4089.

La Jeep du chef de corps étant la 211 4056 (photo 3 et 4), la Jeep 211 4055 en premier plan est soit la Jeep « Auto », soit la Jeep « Radio ». On distingue une antenne partant de la troisième Jeep au fond et donc on a notre réponse tout de suite. La première Jeep est la Jeep « Auto ».

Elle est bien chargée d’ailleurs car en plus de son jerrican, on a placé 5 autres jerricans sur la banquette arrière. Il semblerait qu’ils soient maintenus en position par une barre métallique qu’on voit légèrement dépasser sur le caisson arrière gauche. La caisse est d’ailleurs remplie à ras-bord de matériel. Chaque jerrican de 20 litres permet d’augmenter le rayon d'action de +/- 130km par Jeep.

Les jerricans sont de couleurs très foncés, on aurait presque tendance à dire qu’ils sont peints en noir.

Afin de pouvoir dépanner ou tirer un autre véhicule, une corde assez fine est attachée sur l’attache remorque. Elle est enroulée grossièrement sur la roue de secours.

Sur les parechocs arrière gauche des 2 premières Jeep on voit une grenade sur fond noir, symbole de la gendarmerie. Sur la 3ème Jeep, on ne distingue que le carré, mais il s’agit donc du même marquage.

Les sièges avant sont recouverts de grosses couvertures en laine, et d’ailleurs les hommes ont mis leur kachabia. On est en février, il peut faire très froid dans le désert.

Dernier petit détail assez rare, la première Jeep est équipée d’un porte fusil et on distingue une arme dedans. C’est la première saharienne que je vois équipée comme cela.

Photo n°2 :

On voit les 3 Jeep à côté de l’avion. Les 2 Jeep extérieures sont les 24V, la Jeep centrale est la 6V : c’est la Jeep radio, malheureusement il n’est pas possible de lire sa plaque.

Photo n°3 :

On voit à nouveau les 3 Jeep, mais en tête la 211 4056 du chef de corps. Des couvertures recouvrent également les sièges avant.

Cette Jeep est responsable de l’orientation du groupe. La caisse est bien remplie, on distingue à gauche un jerrican plus clair couché, probablement une nourrice d’eau supplémentaire.

Sur le parechoc on retrouve le marquage de la gendarmerie, à savoir la grenade peinte au pochoir, à gauche du drapeau tricolore, sur un fond carré noir.

A droite, on voit très bien la M201 6V qui est la Jeep radio de cette expédition. GENDARMERIE est écrit sur la tablier du parebrise. L’écriture est blanche, le fond est noir.

Dans l’article précédent sur la gendarmerie, nous avions vu une Jeep de la prévôtale portant l’inscription complète : GENDARMERIE PREVOTALE. Ici, vu la taille des lettres, il ne peut être écrit que GENDARMERIE. On peut donc penser que les 2 autres Jeep 24V ont le même marquage sur leur parebrise.

Photo n°4 :

Il s’agit à nouveau de la Jeep du chef de corps qui descend une dune. Un petit détail a retenu mon attention sur cette photo, à savoir la poignée à laquelle se tient le passager. A cet endroit on trouve normalement une poignée standard mais ici on en a rajouté une plus longue.

Notons qu’on retrouve la même modification sur la Jeep 6V de la photo n°3.

Et voici un agrandissement des 2 poignées :

Autre détail, l’extincteur est fixé sur l’aile côté passager, et on distingue ce qui semble être une petite trousse de secours en-dessous de la poignée. Le jerrican clair est visible devant le pneu. Je pense qu’il s’agit d’une nourrice de 10 litres et pas de 20, et certainement de l’eau comme déjà supposé.

Voilà pour aujourd’hui, vous l’aurez constaté, la vie dans le Sahara n’était certainement pas la même que celle à St Tropez dans les années 60 !

Quoique…

A+









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Le Gendarme et les Sahariennes (partie 1)

HistoriquePosté par Big One 17 avril, 2018 14:55:59

Au printemps 1964, le maréchal-des-logis-chef Ludovic Cruchot est muté dans le sud de la France et c’est en partie grâce à une Jeep Hotchkiss, qu’aidé de ses collègues Fougasse, Merlot, Tricard et Berlicot, il s’attaquera au vice qui ronge les plages de la cité balnéaire de Saint-Tropez pour la plus grande satisfaction de l’adjudant-chef Gerber.

Et c’est à bord du même véhicule, mais comme vous vous en doutez légèrement modifié pour supporter les conditions extrêmes, que la gendarmerie nationale exécute sa mission de maintien de l’ordre dans les immensités du Sahara.

Car oui, la gendarmerie est bien présente au Sahara. Elle est initialement basée à Alger, puis en 1961 elle se déplace à Reggan et devient le GAGS (Groupement Autonome de Gendarmerie du Sahara).

Baraque Fillod de la Gendarmerie Nationale à Reggan: une Jeep et une 2CV sont garées à l’ombre.

Et petit zoom sur la Jeep :

Elle est subdivisée en 22 brigades réparties dans les différents oasis.

Photo Gendarmerie Nationale à in Ecker

Pour leur déplacement les Gendarmes utilisent des Jeep Sahara. Voici une photo de 2 Jeep 6V entourées de Gendarmes.

Notons la tenue des gendarmes qui portent quasi toujours la Kachabia (voir l’article « Mode Saharienne ») et le képi noir. Les Jeep sont équipées de radios ANRGC9, et les antennes arborent un fanion rouge, probablement de reconnaissance.

La mission de la gendarmerie est simple : maintien de l’ordre. Mais avec la particularité d’opérer dans un territoire immense et hostile.

Analysons maintenant quelques photos de Jeep utilisées par la Gendarmerie.

Les 2 premières photos montrent la Jeep 24V 211 4087 de 1961.

Il s’agit d’une Jeep de la gendarmerie prévôtale, ce qui est indiqué sur le pare-brise en blanc sur fond noir.

La gendarmerie prévôtale fait partie de la gendarmerie nationale et a pour mission la police judiciaire militaire pour les forces stationnées hors de France.

J’ai trouvé des Jeep non-sahariennes de la prévôté ayant le même marquage, mais sur un fond bleu foncé. Mais à l’analyse des 2 photos précédentes, il n’y a pas de doutes sur la couleur noir.

Il est intéressant de noter d’ailleurs que ce pare-brise ne possède pas de phares Auteroche, c’est donc un pare-brise de Hotchkiss standard.

Autre détail dans les marquages, le parechoc est peint tout à fait en noir, sauf à ses extrémités blanches évidemment.

Voici 3 autres photos de Jeep de la gendarmerie. Elles proviennent de la page de Jean-Marie Laporte, dont je vous avais déjà parlé dans l’article « les pré-sahariennes ». Elles ont été prises lors d’une excursion dans le Tefedest, chaine montagneuse au nord du massif du Hoggar et où on trouve des peintures rupestres. Lors de cette excursion, Jean-Marie Laporte est accompagné d’amis gendarmes qui se déplacent dans leur saharienne de fonction. Les photos ne sont malheureusement pas très nette, mais suffisamment pour pointer quelques détails :

Sur cette première photo, prise de derrière, on constate la présence du phare de blackout sur l’aile avant gauche, il s’agit donc certainement d’une Jeep 6V. On distingue un carré sur le parechoc arrière gauche, c’est un marquage de la gendarmerie, nous y reviendrons dans mon prochain article.

Sur cette 2ème photo, la Jeep se trouve bloquée sur un rocher. En analysant l’aile avant droite, on confirme qu’il s’agit d’une Jeep 6V. Il y a une indication sur le panneau du pare-brise, mais elle est malheureusement illisible. Toutefois, on voit des inscriptions probablement rouges sur un fond blanc.

Dernier point remarquable de cette Jeep : les pneus. Elle n’est en effet pas équipée des Michelin XC, mais d’un profil tout terrain.

En faisant des recherches sur les différents pneus utilisés sur les Jeep, je trouve que le profil se rapproche des Dunlop T28.

Enfin, il existe une dernière photo de cette Jeep, prise à l’entrée d’un petit défilé :

C’est tout pour aujourd’hui, et je continuerai dans mon prochain article l’analyse de ces Jeep de la gendarmerie.

À suivre et… A+







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Elle sentait bon le sable chaud... ma saharienne

HistoriquePosté par Big One 07 avril, 2018 08:41:59

La Légion Étrangère est bien active en Algérie. Notamment le 2ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie) qui est chargé d’assurer la sécurité du Sahara. Ce régiment est composé d’Escadrons Portés qui veillent à la sécurité des centres d’essais et des exploitations d’hydrocarbures (voir l’article « le terrain de jeux des scientifiques »). Font également partie de ses tâches la surveillance de la frontière avec le Maroc pour éviter l’infiltration et la contrebande d’armes pour les "rebelles" durant la guerre. La Légion est répartie dans le désert et prend ses quartiers dans des anciens forts, les Bordj.

Bordj Brencklé à Tabelbala

Bordj René Estienne à Reggan

Après les Accords d’Evian et la fin de la guerre, le 2ème REI reste dans le désert et est basé à Colomb Béchar. Les Compagnies Portées restantes sont réparties dans le désert.

Ainsi le 1er ESPL (Escadron Saharien Porté de la Légion) est basé à Reggan pour garder les sites du CSEM. En 1963 il est dissous et renommé 5ème Compagnies Portées du 2ème REI. Il garde sa mission.

La 3ème CSPL (Compagnie Saharienne Portée de la Légion) est basé à Laghouat. On y trouve le centre d’essai des engins spatiaux géré par le CIEES de Colomb Béchar.

La 4ème CSPL est aussi basée à Colomb Béchar et surveille la frontière pendant la guerre. Elle deviendra en 1963 la 2ème Compagnies Portées du 2ème REI.

Ces Escadrons ou Compagnies Portées sont principalement équipées de Dodge WC 4x4 ou 6x6 saharien.

Elles utilisent également des blindés légers comme l’AMM8 Greyhound.

Et bien évidemment la Légion emploie quelques Jeep dont des sahariennes que nous allons aborder dans cet article.

Tout d’abord analysons en détail les photos de la Sahara 24 V 221 2162 dont il existe 3 photos. La première nous permet de voir la Jeep de face dans un campement dans le désert. Cette photo est intéressante à plus d’un titre.

Zoomons sur la Jeep et passons en revue tous les détails :

Le pare-chocs est complètement peint en blanc. À gauche on voit le symbole de la légion, et à droite un marquage d’unité. On distingue un marquage semblable mais différent sur la photo du Greyhound. Ces marquages sont communs à tous les véhicules de la Légion dans le Sahara.

Notons que pour n’avoir aucun doute sur l’appartenance à la Légion de cette Jeep, elle possède en plus du marquage sur le pare-chocs le poignard de la Légion sur la Calandre, un petit drapeau vert et rouge sur l’aile avant gauche et un fanion de la légion en haut de son antenne radio…

Son coffre à outil est étonnamment peint en kaki.

Sur l’aile avant gauche, à l’emplacement du phare de blackout, on trouve ce qui semble être une sirène avec un beau cerclage chromé.

En dessous de l’aile, on distingue une conduite d’essence partant du collecteur et allant vraisemblablement dans un filtre ou une pompe à essence placée sous l’aile. J’avais déjà parlé de cette modification dans mon article « les bidouillages de la série 221 21xx ».

Le pare-brise n’est pas d’origine car il ne possède pas le phare de recherche Auteroche.

Enfin, dernier petit détail, la forme assez curieuse du rétroviseur qui rappelle la forme du rétroviseur latéral des Schwimmwagen allemande. Mais que ferait un rétroviseur de Schwimmwagen dans le désert??? Les légionnaires n'ont pas de passé, mais tout de même.

Cette Jeep a également été prise en photo sous un autre angle, devant des Dodge sahariens.

Et enfin il existe encore une photo du camp, mais prise d’assez loin et sur laquelle on la voit.

La photo suivante montre la Jeep Sahara 24 V 211 4033 de 1961 lors du défilé du 14 juillet 1966 à Colomb Béchar. Parmi les détails remarquables, notons les housses de siège blanches, probablement mise pour le défilé. Enfin, on constate sur les pare-chocs arrière l’insigne de la Légion à droite, et un marquage d’unités à gauche, copie miroir en vertical de celui de l’AMM8 Greyhound.

La dernière photo de Jeep de la Légion que j’ai trouvée semble assez banale de premier abord.

Il s’agit probablement de la Jeep 221 2132 (la plaque est difficile à lire) lors d’un défilé. Pourtant, en zoomant, on découvre à nouveau des modifications très intéressantes :

Elle possède les marquages standards de la Légion sur son pare-chocs. Le signe d’unité est difficilement identifiable, et la partie centrale du pare-chocs est complètement peinte en noir.

Sur l’aile avant gauche, on retrouve la même sirène avec le cerclage brillant, comme sur la Jeep 221 2162.

Elle possède une rehausse de pare-brise.

Assez rare, si on s’attarde sur l’arrière de la Jeep, on constate qu’elle possède 2 roues de secours. C’est intéressant car la seule saharienne que j’avais identifiée avec ce type de modification est la Jeep 221 2136 du Lieutenant-Colonel Sichler. Cela en fait donc 2 maintenant.

Enfin on constate que la banquette arrière a été remplacée par un siège unique central.

Je termine avec une photo de la Saharienne de Patrick T., superbe réalisation dont je vous ai déjà parlé et qui est aux couleurs de la Légion.

A+









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les "pré-sahariennes"

HistoriquePosté par Big One 01 avril, 2018 21:36:30

Les 1ères Jeep sahariennes sont sorties des usines Hotchkiss en 1959 et ont ensuite été envoyées en unités dans les bases du désert. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’y avait pas de Jeep dans le désert avant. Nous allons donc aborder aujourd’hui les Jeep que j’appellerai « pré-sahariennes », à savoir des Willys et des Hotchkiss légèrement modifiées pour l’utilisation dans le désert.

Ces Jeep seront d’ailleurs employées en parallèle des sahariennes jusqu’à la fin de l’aventure française en AFN. Cette dénomination de « pré-saharienne » est tout à fait personnelle, et nous sommes bien d’accord que les véhicules présentés sont tout à fait standard, mis à part quelques détails. Par contre, c'est l'expérience acquise par l'utilisation de ces Jeep dans ce milieu hostile qui détermina les modifications à apporter pour la création des M201 "Sahara".

Un convoi de Dodge précédé de 2 Jeep, Willys ou Hotchkiss.

La première adaptation est liée au camouflage. C’est évidemment la peinture des véhicules qui est beige. Les teintes peuvent varier fortement comme par exemple pour cette Willys, si l’on compare au beige du Dodge en arrière-plan.

Elles possèdent en général la capote modèle Sahara, de couleur brune ou marron, avec sa fenêtre en mica et son cerclage métallique noir.

Toutes ces Jeep sont équipées des Michelin XC radiaux. Ceci annonce déjà les montures des Jeep Sahara. Toutefois, j’ai l’impression que sur certaines photos les pneus sont moins grands ce qui sous-entend que des Jeep aient été montées en 6.00 x 16 et pas en 6.50 x 16, comme sur les sahariennes.

Pour faciliter les franchissements, les Jeep sont parfois équipées d’échelle de désensablement, comme sur la photo suivante. Les échelles sont fixées sur le pare-chocs avant, tout comme sur les Jeep Sahara du 3ème GT plus tard. Never change a winning team…

Les Jeep sont fortement sensibles à la chaleur et au vapour lock. Sur les futurs modèles Sahara, le circuit d’essence dédoublé et la pompe électrique Autopulse sont censés diminuer le problème. Sur les « pré-sahariennes » malheureusement on tombe souvent en panne, comme sur cette photo montrant un groupe s’affairant autour d’une Jeep Willys en rade. La personne au milieu verse du liquide sur le carbu, dans le but de le refroidir.

D’ailleurs dès qu’elles sont à l’arrêt, on ouvre le capot pour refroidir le moteur.

Parmi toutes les photos de Jeep « pré-sahariennes » que j’ai pu trouver, l’une d’elle m’a marqué plus que les autres. Il s’agit de la Jeep Hotchkiss M201 031 448 de 1959 du service météo des armées. Ces photos proviennent du site du 3ème Groupe de Transport sur la page de Jean-Marie Laporte.

En guise de reconnaissance, un placard marqué METEO est collé sur le dessous du pare-brise.

C’est une Jeep militaire, et donc elle garde ses marquages militaires, comme la grenade avec le 1, sur le côté.

On distingue en bas à droite du pare-brise l’inscription ANTIGEL en lettre rouge. Cela veut dire que la Jeep est traitée contre les températures négatives : et oui, il peut geler la nuit dans le désert.

ANTIGEL : vue de l’intérieur de la Jeep, lors d’une « chasse à la gazelle ».

Il n’y a pas encore de réservoir d’eau installé entre les 2 sièges avant. Qu’à cela ne tienne, on utilise les méthodes éprouvées par les Touaregs, les vrais habitants du désert. Une outre en peau de chèvre, la guerba, est attachée sur la caisse. Elle permet à l’eau de rester fraiche. J’ai vu des photos de Dodge de la Légion utilisant le même procédé.

Une constante sur toutes ces photos, la joie de vivre et les vues magnifiques. Je vous recommande de lire le parcours saharien de Jean-Marie Laporte sur le site du 3ème Groupe de Transport (http://www.3emegroupedetransport.com/LAPORTEJeanMarie.htm). Les photos sont superbes. Les paysages époustouflants.

En écrivant cet article j’ai voulu contacter Jean-Marie Laporte via son adresse e-mail disponible sur le site du 3ème GT et ce afin d’obtenir quelques infos complémentaires, voir des photos inédites. Malheureusement il est décédé le 18 mars dernier, il y a 12 jours seulement. Je suis certain qu’il a emmené avec lui tous les magnifiques paysages qu’il a dû voir durant sa vie extraordinaire.

A+













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Les Jeep du 1er RHP

HistoriquePosté par Big One 21 mars, 2018 19:41:18

Le 1er Régiment de Hussards Parachutistes est le descendant du tout premier régiment de Hussards de l’armée Française, créé en 1720 par le Comte Bercheny, aristocrate Hongrois ayant rassemblé des cavaliers hongrois pour combattre sous drapeau français. Sa mission première est celle d’une cavalerie légère, à savoir la reconnaissance, le harcèlement des troupes ennemies, l’escorte,… Il est aussi utilisé avec succès pour réaliser des coups de mains et ses méthodes non-conventionnelles ont donné naissance à l’expression « à la hussarde », à savoir quelque chose de brutal, qui n’est pas fait dans la dentelle.

La tenue des Hussards est caractéristique, avec une double veste et un grand sabre Hongrois courbé pendant derrière.

Ce régiment a beaucoup évolué durant l’histoire de France et au sortir de la deuxième guerre mondiale se voit renommer en 1er Régiment de Hussards Parachutistes. Les régiments de cavalerie ont abandonné leurs chevaux qui sont remplacés par des engins motorisés (motos, engins blindés légers, Jeep,…). Sa mission n’a pas changé, mais étant devenu une unité aéroportée, le 1er RHP peut agir rapidement sur tous les théâtres d’opération comme soutien blindé à d’autres unités.

Au sortir de la guerre d’Algérie, le 1er RHP se voit équiper de Jeep et est divisé en 4 escadrons, dont 3 de reconnaissance sur Jeep M201 tout à fait standard (exemple photo d’un défilé en 1966).

Mais parlons un peu des Jeep Sahara. Dans mes articles "immatriculation des sahariennes" et "Les Jeep ENTAC, descendantes des sahariennes" j’avais montré que les Jeep Sahara construites après les accords d’Evian ne furent jamais envoyée dans le désert. De nombreuses sahariennes furent équipées ultérieurement du système ENTAC (ENgin Téléguidé Anti-Char), tout en gardant leurs attributs sahariens. Des Jeep ENTAC furent donc assignées entre autre au 1er Régiments des Chasseurs Parachutistes (1er RCP) mais également au 1er RHP. Certaines sahariennes furent simplement repeintes en kaki et versée au 1er RHP comme véhicule radio.

On le constate en analysant les photos d’un défilé du 14 juillet 1968. On voit sur la photo suivante au premier plan la Jeep 231 1901, saharienne repeinte et non équipée du système ENTAC. Les Jeep en arrière-plan appartiennent également au 1er RHP mais sont équipées du système ENTAC.

Sur la photo suivante, on voit au minimum 3 sahariennes, reconnaissable à leur phare Auteroche.

La 3ème a comme plaque xx1 2301.

En 1962, j’identifie une série de Jeep ENTAC ex-saharienne allant de 221 2263 à 221 2291. Parmi cette série, la Jeep 221 2282 possède encore tous ses attributs sahariens. La 221 2291 possède encore son phare de recherche.

En 1963, j’ai 2 séries de sahariennes, allant respectivement de 231 1862 à 231 1901 et de 231 3409 à 231 3430.

Il est donc fort probable que la 3ème Jeep sur la photo soit la 221 2301, ce qui agrandit ma série de sahariennes en 1962 (de 221 2263 à 221 2301).

Sur cette autre photo, on voit également en arrière-plan quelques Jeep Sahara du 1er RHP, mais équipées toutes du système ENTAC.

Mais à quoi reconnait-on ces Jeep du 1er RHP ? Tout d’abord, le pare-choc ne possède plus les extrémités peintes en blanc comme sur toutes les Jeep de cette époque. Il est kaki, avec la plaque d’immatriculation centrée. On distingue sur la partie avant-droite un blason, reprenant les couleurs du 1er RHP.

En analysant des photos plus récentes de Jeep du 1er RHP, on constate que les couleurs du blason sont le bleu et le blanc.

Sur cette photo, on distingue le même blason sur le pare-choc arrière gauche.

Les couleurs sont confirmées sur la pancarte se trouvant au début de l’article, ainsi que sur l’écusson du 1er RHP.

Que dire de plus à propos de ces Jeep ? Quand elles ne sont pas équipées du système ENTAC, elles possèdent en général un affut pour mitrailleuse AA52 et une radio. On le voit bien sur cette photo de manœuvres du 1er RHP.

Elles sont toutes équipées des Michelin XC profil route. Je me demande comment ils devaient se comporter en manœuvre dans la boue des forêts de l’Hexagone…

Enfin pour terminer, j’ai lu qu’il y a toujours un doute quant à la présence du réservoir de réserve sur les Jeep ex-sahariennes. J’ai toujours pensé que ce réservoir devait être présent, et la photo suivante amène un élément de preuve.

On y distingue le siège passager très caractéristique des Jeep Sahara, permettant justement l’installation du 2ème réservoir. Il y a donc beaucoup de chances que ce réservoir soit toujours présent.

Je ne peux terminer cet article sans vous parler (encore) de la Jeep de Christian. Mais je vais essayer de le faire un peu plus en détail cette fois-ci.

C’est en tombant sur un capot original de saharienne que Christian eut l’idée de transformer sa Jeep en M201 Sahara.

Mais plutôt que de repeindre sa Jeep en beige, il s’est attaqué à une reconstitution d’une Jeep du 1er RHP, ce qui en fait certainement un modèle unique. Dès lors, depuis quelques années, il chine à gauche à droite pour trouver telle ou telle pièce rare. Il ne me contredira pas si je dis que c’est cela qui rend ce genre de projet passionnant, l’évolution et le perfectionnement de son véhicule au fil des découvertes ou des coups du hasard. Et cela, tout en gardant l’esprit premier de la Jeep, c’est-à-dire la ballade et le loisir. Nous sommes rentrés en contact lorsque j’ai commencé mon projet et je pense que sans son aide et ses conseils je ne serais pas arrivé où je suis dans ma reconstitution maintenant. Mais place aux photos :

La Jeep de face, avec la cocarde bleu et blanche du 1er RHP. Perso j’aurais mis un bleu un plus aviation, genre Royal Air Force, mais qui suis-je moi le petit belge pour savoir qu’en France on n’utilise pas le bleu RAF de la perfide Albion : Ah Môssieur, c’est français, c’est du bleu français ! Du bleu Saviem, oui Môssieur !!!!!

La Jeep est équipée d’un poste radio:

Le coffre à outil a été réalisé par un chaudronnier:

L’interrupteur pour le phare Auteroche et pour les essuie-glaces :

Le phare Auteroche avec son optique originale :

Bref, une superbe réalisation !

A+

Ps : avec des Michelin XC, elle serait parfaite ;-)

Ps2: promis, dans mon prochain article, on reviendra à des Jeep beiges... J'ai quasi une overdose de kaki là!















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Le terrain de jeux des scientifiques

HistoriquePosté par Big One 11 mars, 2018 21:23:31

Les accords d’Evian mettent fin en 1962 à la guerre d’Algérie. Le vent de décolonisation d’après 1945 aura eu raison de l’Indochine et de l’Algérie. La France n’est pas la seule touchée : L’Angleterre par exemple perd également ses principales colonies, et la Belgique va bientôt se séparer du Congo.

Toutefois, l’Algérie revêt toujours un caractère stratégique pour la France. En effet, le Sahara est devenu le terrain de jeux des ingénieurs de l’Hexagone. Afin de pouvoir continuer les essais en cours sans perdre les investissements matériels, financiers mais surtout temporels, les accords d’Evian permettent à la France de maintenir une présence en Algérie dans les différents centres d’essais jusqu’en 1966. Parallèlement, la France se lance dans la construction à Kourou et à Mururoa de ses nouveaux centres.

Mais à quoi joue-t’on au Sahara ???

A Colomb Béchar, c’est le CIEES, le Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux, qui est installé. On y teste toutes sortes de fusées, inspirées par les travaux de Werner Von Braun.

Plus tard, le CIEES s’agrandit à Hammaguir, à 120 km de Béchar, afin d’effectuer des tests sur des plus grandes fusées. C’est la conquête spatiale qui est à l’honneur.

Plus au sud, aux portes du Tanezrouft, le France va essayer (avec succès) de devenir une puissance nucléaire. L’objectif est de réaliser des expériences en plein air, et d’autres sous-terraines.

Pour mener à bien les essais extérieurs, le choix s’est porté sur Reggan. Une ville y est construite dès fin 1957 sur un plateau afin d’abriter les militaires et les civils.

Le CSEM, Centre Saharien d’Expérimentation Militaire, s’installe donc sur ce qui devient Reggan-Plateau. On pense naïvement que l’isolement de l’endroit assurera la sécurité des explosions, mais on n’est pas encore trop au courant (où on ne veut pas l’être) des nuages radioactifs. A Reggan-ville (oasis), on trouve le centre de commandement ainsi que des familles de civils.

On est loin ici de la petite ville coloniale sympathique, comme relaté dans mon article « Bienvenue à Colomb Béchar ». La région est considérée comme une des plus chaudes au monde. La température monte en été souvent au-dessus des 50° à l’ombre. Les précipitations sont quasi inexistantes.

D’ailleurs, pour « rafraichir » les appelés, une piscine est construite dans la base. Le moins que l’on puisse dire en regardant les installations, c’est qu’elles sont austères. Au vue des photos, on pense à une colonie future partant s’installer sur Mars.

Une piste est construite sur place afin de permettre aux DC3, au Nord Atlas ou encore aux Super Constellation d’amener hommes et matériel. On y croise même quelques Tante Ju aux couleurs tricolores.

Ce qui n’est pas transportable par les airs est acheminé par la route dans les camions Berliet du 3ème Groupe de Transport. Ce dernier est d’ailleurs stationné à Reggan à partir de 1964.

À 45 km au sud-ouest de Reggan-Plateau se trouve Hamoudia. Y sont construits les postes de commandement des explosions et des abris pour les appareils de mesures. 15km plus au sud encore se trouve le champ de tir où auront lieu les 4 explosions Gerboise.

Afin de diminuer la pollution atmosphérique provoquée par les explosions, un nouveau centre d’expérimentation, le CEMO (Centre Expérimentation Militaire des Oasis) est ouvert au sud-est, à In-Ekker. A nouveau une base y est construite, mais encore plus rudimentaire. La montagne Tan Afella est choisie pour effectuer les tests d’explosion en sous-terrain. On creuse donc des galeries remplies de capteur et on y effectue les explosions. En 1961, l’explosion Beryl, se passe très mal. La montagne ne contient pas l’explosion et un nuage fortement radioactif s’échappe de la galerie contaminant toute la zone environnante. Toutefois, les autres puissances nucléaires n'ont certainement pas fait plus dans la dentelle.

En 1966, les français évacueront l’Algérie, laissant sur place des zones complètement polluées dont seront victimes les habitants des environs. Ce ne seront pas les seules victimes puisque de nombreux appelés ont été soumis aux radiations.

Mais revenons à nos Jeep Sahara. Elles servent de voiture de liaison ou dirigent les convois. Voici quelques photos que j’ai pu trouver. Les Jeep permettent aussi de s’évader lors des journées de temps libres accordées, en allant visiter les villages environnants ou en organisant un pic-nic.

La première photo tout d’abord cette magnifique Jeep 24V, alignée devant 3 Dodge Sahariens à Reggan. Son capot est ouvert, ce qui pourrait sous-entendre qu’elle est en vapour-lock et qu’on essaye d’aérer son moteur.

On distingue dans le compartiment moteur le filtre à essence placé à gauche, à l’endroit du klaxon, sur les sahariennes 24V.

Les photos suivantes proviennent des archives de l’INA. On y voit cette Sahara 6 Volts « radioactive » avec ses 4 occupants. On distingue bien son phare sur le pare-brise, par contre son filtre à air a été enlevé. J’ai envie de parodier la pub Tonigencyl et de dire:« Regarde, c’est là, entre le filtre et le capot que le Plutonium se cache! ».

Sur la 4ème photo, on voit bien à droite de la grenade blanche, le trou dans la caisse ou doit passer le tube venant du pré-filtre à air.

Sur la photo suivante, on voit un convoi de véhicule avec à sa tête une Jeep Sahara 6 Volts. Il s’agit d’une évacuation de la zone de tir avant l’explosion Saphir.

La photo suivante, malheureusement de très mauvaise qualité, montre un convoi de Jeep et de Dodge en route vers l’Assekrem, dans le massif du Hoggar, pour une permission de quelques jours.

Enfin, lors d’un trajet en permission vers Mertoutek, petit village connu pour ses peintures rupestres, une rencontre avec des Touaregs. On distingue bien l’arrière de la bâche brune, avec son rabattant triangulaire.

A+







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Identification d'un châssis saharien

HistoriquePosté par Big One 20 juin, 2017 11:38:38

Dans mon article sur l’immatriculation des sahariennes, j’ai identifié sur base des photos d’époque différentes séries de Jeep 6 volts et 24 volts sur base de la plaque.

Depuis, ces séries se sont agrandies ou modifiées suite à la découverte de nouvelles photos d’époque sur Internet. Les voici en résumé (je ne reprends que les séries, càd minimum 3 Jeep identifiées sahariennes dont les numéros d’immatriculation sont assez proches) :

1959 : de 034 072 à 034 171
1961 : de 211 4004 à 211 4089
1962 : de 221 2130 à 221 2176 et peut-être jusque 2282
1963 : 231 1862 à 231 1918 et de 231 3409 à 231 3430

Cette méthode a comme limite que je ne suis pas certain du début et de la fin des séries, mais elle me permet d’identifier plus de 300 Jeep alors qu’on estime le nombre de sahariennes construites à +/- 400.

Cela dit, j’ai trouvé des photos de Jeep dont il n’est pas possible d’identifier la série. Exemple avec les sahariennes 6 volts 032 514 et 033 333. Autre exemple, je n’ai aucune photo de M201 Sahara produites en 1960.

Nous allons dès lors essayer de déceler les indices permettant de dire si un châssis est saharien ou pas.

Pour ce faire, nous utiliserons 2 méthodes : tout d’abord nous allons essayer de reconnaitre une saharienne sur base des numéros de série frappés sur le châssis.

Ensuite, nous tenterons d’identifier les stigmates des sahariennes ayant mal tournées à la Maltournée (ça c’est du jeu de mot…). En effet, à coup de disqueuses, de brasure, de soudure les sahariennes ont été standardisées en Jeep 24V. Ce sont ces cicatrices qu’il faut trouver.


1. Le numéro de série du châssis.

Un châssis de Jeep M201 possède de nombreuses informations. Sur le longeron avant droit, sur le côté extérieur juste derrière le pare-chocs, se trouve le numéro de série du châssis. C’est sur base de celui-ci que nous tenterons d’identifier une saharienne.

Et comment me direz-vous ? En étudiant ces numéros de série de châssis. Pour ce faire, je me suis constitué au fil du temps une base données des différents numéros se trouvant sur le châssis. Que constatons-nous ? Tout d’abord, jusque mi-1958, le numéro de série du châssis est un nombre de 4 chiffres, sans préfixe. Par exemple, ma Jeep immatriculée initialement 026-723 date de 1957 et son numéro de série du châssis est le 1220.

À partir de mi-1958, ce numéro est précédé d’un M. La Jeep 074-749 de 1958 a comme numéro de châssis le M408.

Les Jeep 24V commencent à sortir des usines en 1960 et on constate que les numéros se font précéder d’un MV à partir des Jeep 034-3xx. C’est probablement lié et c’est en tout cas ce que je lis sur le site hotchkissm201.fr de Jean-Louis Martin

Il est intéressant de noter que certaines Jeep ont leur numéro précédé par un VM au lieu d’un MV. Faute de frappes me direz-vous ? Je n’en suis pas certain car dans ce cas, le numéro est beaucoup plus petit comme vous pouvez le voir sur le tableau suivant :

En résumé donc, Les Jeep 6 volts ont comme numéro de série du châssis une série de chiffre jusque mi-1958, série qui se fait précéder par un M ensuite.

Les Jeep 24 volts ont comme numéros de série du châssis une série de chiffre se faisant précéder par un MV, et pour certaines rares Jeep et pour une raison inconnue il s’agit d’un VM.

Passons aux sahariennes maintenant. Pour ce faire voici un tableau reprenant les numéros de série du châssis de toutes les sahariennes que j’ai pu identifier :

Que constatons-nous ? Les châssis 6 volts sont précédés de SM (mis à part pour la Jeep 034-090 où il s’agit de MS). Les châssis 24 volts sont quant à eux précédés de MS.

Il existe aussi des châssis avec le préfixe MVS. Il est tentant d’associer ce S au Sahara, mais je pense que c’est faux. J’en ai pour preuve 2 exemples, représentés dans le tableau suivant et dont les châssis ne possèdent aucunes stigmates de sahariennes :

La première est la Jeep Fahrschule dont on peut suivre la rénovation sur le site SOS Jeep en détresse. J’ai trouvé la seconde sur le site d’Andy Carter, spécialiste anglais des M201 (www.m201.com).

Il est intéressant de noter que tout comme les Jeep avec un préfixe VM au lieu de MV, le numéro est petit : 3 ou 52 dans notre exemple. Pour info, voici les numéros d’une Jeep toute proche :

18344 - MV9487 - immat. :221 2785

On constate que le numéro 9487 est beaucoup plus grand.

Ces Jeep de 1962 sont en outre loin des séries d’immatriculation de sahariennes que j’ai identifiées.


2. Le numéro de châssis donné par l’armée


Ce nombre se trouve par défaut sur les Jeep sur le dessus du longeron avant droit, juste derrière le pare-chocs comme par exemple sur ma Jeep de 1957:

Or, sur une saharienne, ce numéro est masqué par le coffre à outil. Il a dès lors été frappé sur le côté extérieur du longeron avant droit, à côté du numéro de série du châssis, comme nous le constatons sur les 2 Jeep sahariennes suivantes :

Ex-Sahara 6 volts 034-090

Sahara 24 volts 231-1871

Donc, en plus du préfixe SM ou MS devant le numéro de série du châssis, le numéro de châssis donné par l’armée est poinçonné à un endroit légèrement différent.


3. Les cicatrices des sahariennes


Il faut ici tenter de trouver les traces des rajouts faits sur le châssis de type saharien. Pour ce faire, nous allons comparer un des derniers (si pas le dernier) châssis saharien intact avec un châssis saharien transformé.


3.1. Le coffre à outils


Les sahariennes possèdent un coffre à outil vissé sur les 2 longerons avant du châssis. Cela nécessite 2 trous par longeron comme vous pouvez le voir sur les photos suivantes :

Lors de la standardisation des Jeep, ces trous furent rebouchés et on peut donc voir à leur ancien emplacement des traces de ponçage et de soudures.


3.2. Le support du gonfleur Bavox :


Je détaillerai ce gonfleur dans un prochain article. Il se fixait sur la traverse avant du châssis, sur une plaque soudée à cet effet, comme vous pouvez le voir sur la photo suivante de la Jeep 231 1871 :

Sur la Jeep 034 090, on peut voir sur cette traverse les traces de l’ancienne soudure :

3.3 Le support du carénage de protection de la pompe à essence auxiliaire


Le long du longeron gauche du châssis, de part et d’autre de la pédale d’embrayage, se trouvait le filtre à essence et la pompe à essence électrique secondaire. Ce montage était fort vulnérable à cet endroit (projection de caillous,…). Il fut donc protégé par un carénage qui se fixait en différents points.

Tout d’abord à l’arrière de la pédale d’embrayage, on distingue 2 trous dans la plaque métallique de la traverse du châssis. Ces trous sont inexistants sur une Jeep normale. Ils sont encore présents sur la Jeep 034 090.

Ensuite, en avant de la pédale, les sahariennes possédaient 2 pattes d’attache soudées comme on peut le voir sur la photo suivante :

Ces pattes ont été ultérieurement meulées et on peut encore voir les traces des anciennes soudures sur la Jeep 034 090:

En conclusion, pour avoir un châssis saharien, il faut un préfixe SM ou MS devant le numéro de série du châssis. Je doute fortement du lien entre un châssis MVS et une Jeep saharienne. Une théorie circule disant que des châssis étaient destinés à des sahariennes (d’où la présence du S) mais ne furent jamais équipés comme tel. Je n’y crois pas du tout. Un châssis saharien possède des différences importantes qui devaient être effectuées directement à l’usine lors de sa construction. S’il n’y a aucune trace de ces différences, ce châssis n’a jamais été saharien.

En 1 mot, il faut plus d’un S pour avoir une saharienne. Ce sont toutes les traces des anciennes soudures de standardisation du châssis, ainsi que le poinçonnage sur le côté extérieur droit du longeron avant du numéro de châssis donné par l’armée qui vont déterminer l’origine exacte de votre Jeep.

A+

ps: merci à Thierry, le propriétaire de la Jeep 034 090 pour l'aide matérielle à la réalisation de cet article.



















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Le Southern Cross Minor

HistoriquePosté par Big One 13 juin, 2017 20:46:41

Depuis le début de la présence française dans le désert, les Escadrons Blancs y montent la garde et tentent d’éviter les pillages des oasis par des bandes organisées. Cette mission de surveillance s’effectua initialement sur des dromadaires, puis on remplaça les méharis par des Dodge récupérés à l’armée américaine après la seconde guerre mondiale.

L’adjudant Titus Polidori fait partie d’un de ces groupes de méharistes motorisés et le 11 février 1962 il est en patrouille dans le désert du Tanezrouft lorsqu’il repère dans une zone terriblement plane de reg une irrégularité sur l’horizon. Sa patrouille se rend sur place et tombe sur la carcasse d’un vieux biplan écrasé depuis des années. A côté de l’avion git le corps momifié du pilote. En fouillant la zone du crash, on découvre attaché à un hauban de l’avion le Logbook du pilote dans lequel ce dernier relate ses 8 derniers jours de survie dans l’endroit le plus inhospitalier au monde.

La patrouille de Polidori sur les lieux du crash. Au premier plan, on distingue le corps du pauvre aviateur.

Il s’agit de William « Bill » Lancaster, un aviateur anglais disparu en 1933 lors d’une tentative de record de vitesse en vol entre Londres et le Cap à bord d’un Avro Avian, Le « Southern Cross Minor ».

Bill Lancaster devant le Southern Cross Minor

Cet aventurier s’était lancé dans ce projet insensé en vue de se refaire un peu de pub et de relancer sa carrière après des déboires avec la justice. Ce genre de concours était courant à l’époque et les risques énormes. Saint-Exupéry n’a-t ’il pas failli mourir dans le désert Libyen en 1935 lorsque son Caudron Simoun s’écrasa sur un plateau, ce qui ensuite l’inspira pour son incroyable « Terre des Hommes » mais aussi pour le « Petit Prince » ? Dans les 2 cas une des causes principales de l’accident fut une préparation minime et précipitée. Pour Bill Lancaster ce sont des ennuis moteurs en pleine nuit qui le forcèrent à un atterrissage à l’aveugle en plein désert. Blessé, il resta près de son avion espérant des secours qui n’arrivèrent jamais.

La découverte d’un corps nécessite toujours de prévenir les forces de police ou la gendarmerie. Ainsi, Titus Polidori prend contact avec le poste de gendarmerie de Reggan pour signaler la découverte. Un convoi d’un Dodge 4x4 et de quelques Jeep de la gendarmerie est alors organisé pour aller récupérer la dépouille. On s’attend à ne récupérer que des os, mais le corps est étonnamment bien conservé, le Tanezrouft étant un des endroits les plus secs au monde. La dépouille est ramenée à Reggan et inhumée après autopsie.

L’Intendant Charles Mélin se voit confier la tâche de traduire le Logbook de Bill Lancaster. Avec son ami le Colonel Aubry, commandant de la gendarmerie à Reggan, ils décident de retourner sur les lieux du crash les 24 et 25 février avec un aumônier pour y effectuer une petite cérémonie. Ils s’y rendent en Jeep et bivouaquent sur place. De ce déplacement il reste 3 photos qui nous permettent d’observer les Jeep Sahara durant une opération dans le désert.

Le Colonel Aubry et l’Intendant Mélin dans la Jeep Sahara 24 volts 211 4056

Les 3 Jeep derrière l’épave pendant la lecture de la traduction du Logbook par Charles Mélin. Le 2 Jeep de gauche semblent être des 6 volts (forme ronde du filtre à air) et la 3ème est certainement dès lors la 211 4056.

Au premier plan, l’aumônier accompagnant l’expédition devant la Jeep 211 4056.

En 1975, une expédition fut organisée afin de récupérer l’épave. Elle fut finalement rapatriée en Angleterre puis en Australie en 1979 et fut exposée au Queensland Museum de Brisbane.

Cette triste histoire illustre les dangers du désert. Si vous voulez en savoir plus, je vous recommande de lire les articles du site du 3ème Groupe de transport, et notamment « Un papillon dans le désert » qui m’a permis de réaliser ce petit résumé. Il est touchant de noter l’émotion de tous les témoins de cette histoire 40 ans encore après les faits.

A+









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Bienvenue à Colomb Béchar

HistoriquePosté par Big One 27 avril, 2017 20:58:58

La ville de Colomb Béchar trouve ses origines au début du 20è Siècle. C’est d’abord une garnison militaire visant à sécuriser les alentours. De par sa position sur la route du Sud, elle prend petit à petit de l’ampleur.

Après la 2ème guerre mondiale, elle va connaitre un essor important grâce à différents facteurs. La France investit dans le Sahara : outre la recherche d’hydrocarbures, des centres d’expérimentation sont installés dans le désert. En 1947, Le CIEES (Centre interarmées d'essais d'engins spéciaux) débute ses activités à Colomb Béchar, tandis qu’en 1960 débute à Reggane et In Ecker, beaucoup plus au sud, l’aventure nucléaire française dans le Centre Saharien d'Expérimentations Militaires (CSEM).

Les ingénieurs et techniciens débarquent en famille et des logements sont construits pour les appelés. Colomb Béchar s’agrandit et devient une vraie petite ville, dont la vie s’articule autour de son avenue principale, l’avenue Poincaré.

De nombreux restaurants ouvrent leur porte, tandis que les gens de passage peuvent trouver une chambre à l’hôtel de la Transat. Dans les bars, on regarde Sylvie Vartan chanter sur le Scopitone tout en sirotant une bonne Kro.

Epoque oblige, les enfants des quelques familles présentes fréquentent 2 écoles différentes : l’école des garçons et l’école des filles. Pour le culte, on trouve outre la très belle Notre Dames des Sables, une mosquée et un temple.

Lorsqu’on ne travaille pas, on peut se détendre dans la palmeraie. Cette dernière abrite une piscine ainsi qu’un parc animalier. Et pour voir un film, il y a un cinéma en plein air.

Au nord-Est passe l’Oued Béchar dans lequel on peut se baigner et dont les crues sont parfois impressionnantes.

Le climat est rude. Moins de 100mm de précipitation par an, en été la chaleur qui monte à 40°c à l’ombre, mais on le sait, à Reggane c’est pire.

On maintient le contact avec la métropole en envoyant des cartes postales et en réceptionnant des colis au bureau de poste de la ville.

Pour assurer le développement de ces ilots dans le désert que sont Béchar, Reggane, In Ecker, la seule solution est la route. Il y a bien un aérodrome à Colomb Béchar, mais le trafic y est insuffisant. Quelques T6 y sont stationnés. À la quille, on repart en Noratlas vers la métropole.

Le ravitaillement et l’acheminement de matériaux de construction ainsi que du matériel technique pour les centres d’expérimentation est assuré par les Compagnies du Train de l’armée française, ainsi que par des sociétés privées telles que les Transports Transsahariens F. Castagliano à Blima. Il paraitrait que la Betterave a négocié un gros contrat bien juteux avec les militaires...

Dans l’ouest saharien, la 3ème Compagnie Saharienne de Transport (3ème CST) créée en 1947 deviendra en 1953 la 3ème Compagnie Automobile Saharienne de Transport (3ème CAST), puis est renommée en 1958 3ème Groupe Saharien de Transport (3ème GST) et devient enfin en 1963 le 3ème Groupe de Transport (3ème GT). Le 3ème GT y assurera durant toutes ces années sa mission de ravitaillement. Il trouve ses cantonnements au camp Moll à Colomb Béchar. De 1965 à 1967, son chef de corps est le Lieutenant-Colonel Sichler.

Ces compagnies sont équipées dans l’immédiat après-guerre de Dodge, de Berliet GLR, GBC et GBO.

Les Jeep sont parfois utilisées comme « ouvreuses de piste » pour les convois, mais principalement comme véhicule de liaison dans les différentes bases.

Il n’est pas rare que pendant les temps libres, on saute dans une Jeep ou un Dodge avec ses proches pour aller faire une ballade dans le désert, pour aller visiter un village voisin ou pour faire une partie de chasse entre ami. Le soir, la pauvre gazelle servira de délicieux Méchoui.

Même pendant la guerre et malgré le climat, la vie semble plutôt agréable dans cette partie de l’Algérie. Pourtant, pendant la guerre, les pistes peuvent se révéler dangereuses à cause des mines. Après la guerre, la région est disputée entre l’Algérie et le Maroc. Elle restera algérienne suite à ce qu’on appellera la Guerre des Sables.

Dans les Accords d’Evian en 1963, la France négocie de pouvoir maintenir ses bases militaires et ses centres d’Essai jusqu’en 1967. Seul le 3ème GT reste sur place pour assurer les ravitaillements. Fin 1967, sa dernière mission consistera à évacuer tout le matériel, dont les Jeep, se trouvant sur place ce qui terminera l’aventure saharienne de la France.

A+













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Des sahariennes refont surface

HistoriquePosté par Big One 25 avril, 2017 08:26:33

Sur les plus de 20000 Jeep Hotchkiss construites entre 1955 et 1965, seulement +/- 400 sahariennes sont sorties des usines, ce qui en fait des objets très rares. De plus, la quasi-totalité de ces Jeep est passée en révision complète à la Maltournée : les 6V ont été transformées en 24V, les pièces ont souvent été mélangées avant d’être remontées, et tous les attributs sahariens ont été éliminés à coup de brasure et de disqueuse.

La seule saharienne dans son état quasi original connue est la 034 161, ancienne 6V de 1959 que l'on peut voir sur le site Hotchkissm201.fr

Grâce à mon blog, je suis rentré en contact avec différentes personnes possédant ou ayant possédé une saharienne. Je me lance dans l’ordre chronologique des sorties d’usine de ces survivantes.



M201 Sahara 034 090 de 1959

Cette Jeep a été achetée à Chamonix par un habitant de Gignac l’année passée. Son objectif était de trouver une Jeep abordable, de pouvoir la retaper à ses gouts et d’en profiter comme véhicule de ballade. En voulant connaitre l’historique de sa Jeep, le propriétaire a rapidement compris qu’il possédait une pièce rare. Il s’agit d'une M201 Sahara 6V de 1959 dont voici les données d’identification :

# immatriculation militaire 034 090

# châssis MS 3677 et # châssis armée 08594

# sortie de chaine Hotchkiss 9296

La grande sœur de cette Jeep a été prise en photo en Algérie en 1960. Il s’agit de la 034 089 qui servait dans le 401ème Régiment d’Artillerie Antiaérienne. Elle fait partie d’une série de saharienne dont les immatriculations connues vont de 034 072 à 034 171 (cf mon article : immatriculation des sahariennes).

Il est dès lors fort probable que cette jeep ait servi dans le même régiment.

Sur le châssis, on trouve encore les preuves sahariennes : trous rebouchés pour le coffre à outils , supports de la pompe à essence électrique disqués. La caisse par contre n’est pas originale.

Restes des soudures de la fixation de la pompe Autopulse

Voici les photos de cette très belle rénovation. Certes, elle n’a pas repris sa couleur sable, d’antan, mais sa couleur vert-olive lui va à ravir.



M201 Sahara 221 2148 de 1962

Cette Jeep a appartenu à la personne à qui j’ai acheté le coffre à outil Sahara. Il ne la possède malheureusement plus mais a pu me faire parvenir quelques photos. Elle fait partie de la série de sahariennes 221 2130 à 221 217x immatriculées en 1962 et dont fait également partie la Jeep du Lieutenant-Colonel Sichler que je tente de reproduire. Elle a donc probablement servi dans le 3ème Groue de Transport et est restée en Algérie jusque 1967.

Voici ses données d’identification :

# immatriculation militaire 221 2148

# châssis MS 1273

# châssis armée 17707

# sortie de chaine Hotchkiss 19187

Cette Jeep était (et est probablement toujours) en livrée kaki.



M201 Sahara 231 1871 de 1963

Enfin probablement une des dernières dans cet état : cette saharienne de 1963 possède encore sa caisse originale et son châssis n’a pas été modifié : On y trouve encore tous les détails d’une saharienne. Dans la caisse, les pontets de fixation et les différents trous percés pour le circuit secondaire d’essence. Sur le châssis, le support de fixation du gonfleur Bavox, les trous d’attache du coffre à outil, ainsi que les points d’attache de la pompe à essence Autopulse.

De par son année de fabrication, cette Jeep n’a probablement jamais été envoyée dans le désert algérien. Pourquoi n’a-t-elle pas été passée à la disqueuse? Mystère. Ce qui est intéressant est qu’il existe une photo de cette Jeep dans l’usine Hotchkiss en 1963 :

Voici ses données d’identification :

# immatriculation militaire 231 1871


# châssis MS 2162 ou 262 ou 1262 (?) et # châssis armée 21908

# sortie de chaine Hotchkiss 23555

Je suis également rentré en contact avec l’heureux possesseur de cette Jeep. Ce dernier compte la refaire dans sa livrée sable originale et lui mettre les marquages du 3ème Groupe de Transport.

Elle est visible sur le site des "collectionneurs de Véhicules Militaires Anciens".

A+













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