Jeep M201 Sahara

Jeep M201 Sahara

Une rude concurrence

HistoriquePosté par Big One 14 janv., 2019 14:43:49

Dans l’immédiat après-guerre, les jeeps Willys s’avèrent très vite utiles au secteur privé, et notamment dans le Sahara où les sociétés d’exploitation et de prospection sont en recherche d’hydrocarbures. Les jeeps ont le monopole des déplacements tout-terrain. Pourtant, une concurrente va arriver très rapidement : il s’agit bien évidemment de la Land Rover, dont la Série 1 sort en 1948.

Ses performances sont assez semblables à celle de la jeep, mais la gamme va très vite évoluer en se focalisant sur les points faibles de la Willys, à savoir le confort, la capacité d’emport et la solidité.

Pour augmenter la capacité d’emport, différents modèles de châssis sont proposés. Ces derniers sont d’ailleurs renforcés mais la carrosserie en aluminium, très disponible au sortir de la guerre, permet de limiter l’augmentation de poids.

La série 2 sort en 1958 dans 2 versions de châssis disponibles : 88 et 109 pouces.

Le confort est fortement amélioré grâce notamment à l’habitacle fermé. Willys a pourtant sorti la Station Wagon, mais il préfigure plus l’ancêtre des SUV et trouve sa clientèle dans les classes moyennes habitant à l’écart des villes plus que sur le « terrain ». En outre, les Land sont disponibles dans différentes configurations très pratiques comme par exemple le pick-up, une version totalement tôlées,...

Parallèlement, Willys ne développe que très peu la MB. Les CJ2A et CJ3A sont quasi identiques et il faut attendre la CJ3B, la M38 et la M38A1 pour voir des améliorations tangibles, mais toujours loin de ce que Land propose et notamment en ce qui concerne le confort.

L’Armée Française quant à elle a rêvé d’un nouveau véhicule tout terrain, mais faute de budget elle s’est résignée à relancer la production du modèle MB avec sa jeep M201, dont la M201 SAHARA sera une des évolutions.

Jeep Willys, M201, M201 Sahara et Land vont donc se côtoyer dans le désert mais leur image dans l’inconscient sera très différent : la jeep gardera toujours son image de véhicule militaire tandis que les Land seront associées à l’aventure, aux expéditions dans des contrées lointaines, aux safaris…

C'est une Land Série 2 d'une société civile qui accompagne ce Berliet T100. Une M201 SAHARA de l'armée est visible derrière à gauche.

Et parmi ces nombreuses expéditions, l’une d’elle a retenu mon attention car elle mêle les camions Berliet aux Land tout comme ils furent associés aux M201 SAHARA au sein des Groupes de Transports de l’Armée Française.

Il s’agit de l’expédition Berliet, où devrais-je dire des expéditions Berliet puisqu’il y en a eu 3, et dont l’objectif premier est de démontrer la faisabilité du transport routier entre l’Algérie et le Tchad. Afin d’attirer l’attention du publique, cette expédition embarque différents scientifiques (archéologue, géologue, …) qui tout au long du périple pourront mener à bien des recherches.

Un bivouac militaire du 3ème Groupe de Transport et un bivouac de la Mission Belriet-Tchad.

La première expédition (raid Trapil - 1959) vise à tester le matériel et rassemble 3 Berliet GBC 6x6 « Gazelle » et une Land Série 2.

La seconde expédition (Mission Ténéré - 1959) rassemble 9 GBC 8 6x6, 5 Land Rover et 1 hélicoptère.

La dernière (Mission Tchad – 1960) rassemble 4 Berliet GLM 10 M, 7 « Gazelle » et 3 Land et 1 hélicoptère.

Le matériel de la mission Berliet-Ténéré. Derrière l'hélicoptère et les 9 "Gazelle" se trouvent les 5 Land Rover de l'expédition (2 châssis court et 3 châssis long)

Tout comme les M201 SAHARA au sein des Groupes de Transport, les Land jouent un rôle d’éclaireur et d’ouvreuses de pistes pour les convois de camion. Elles ont été préférées au Jeep de par leur taille et donc leur emport plus important. Et à l’instar des M201 SAHARA, elles subissent des modifications devant leur permettre d’évoluer dans le désert. Ces modifications ne sont pas d’usine, mais effectuées dans un atelier d’Alger avant le départ.

*Ajout d’une pompe à essence électrique.
*Possibilité de relier directement le réservoir au carburateur afin de parer au vapeur-lock.
*Isolation du moteur contre la poussière.
*L’hélice du ventilateur se voit ajouter des pales pour un meilleur refroidissement.
*Confort : amélioration de l’aération de la cabine par l’ajout d’une entrée d’air. Ajout d’un pare-soleil.
*Pont avant renforcé.


Les véhicules sont évidemment équipés de pneus route pour l’évolution dans les ergs, ainsi que d’un lot de bord comportant échelle de désensablage, pelles, pioches, jerricans supplémentaires sur les ailes avant, radio,…

Le convoi est escorté par une M201 de la circulation routière lors de la Mission Tchad en 1960.

Les jerrican sont placés sur les ailes avant de la Land.

Les échelles de désensablage sont fixées sur les flancs de la carrosserie.

Pour clôturer cet article sur les Land, je vous propose quelques magnifiques clichés d’une expédition effectuée par le photographe George Rodger, ancien correspondant de guerre qui, fort marqué par ce qu’il vécut en Europe en couvrant la libération, tourna son objectif vers l’Afrique et la vie sauvage après-guerre.

George Rodger dans une jeep Willys lors de la libération de Paris

En 1957, il se lance à bord d’une Land Série 1 dans un périple à travers le Sahara, à la recherche des tribus Touaregs. Les photos sont superbes (mais bon, c’est son métier aussi…) et probablement pleines de droits d’auteurs donc je vous renvoie vers le site de l’agence Magnum que George Rodger fonda en 1947 avec Robert Kapla notamment.

Et dans le Sahara, l'Armée veille au grain. Rencontre ici entre Rodger et une patrouille de militaire en jeep (ITM) et en Dodge. Notez d'ailleurs que l'habitacle du Dodge est blindé.

A+







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